Egalité formelle, égalité réelle

La « liberté garantie » de l’IVG a été inscrite dans la Constitution le 4 mars par 780 voix contre 72, faisant suite à des années de mobilisation et de combat des femmes pour le droit à disposer de leur corps, un droit fondamental : depuis le procès de Marie-Claire défendue par Gisèle Halimi, à Bobigny en 1972, en passant par la loi Veil en 1975 et la première proposition de constitutionalisation de ce droit ,déposée au Sénat en 2017 par le groupe communiste, avec, notamment, Eliane Assassi et Laurence Cohen…  

Une victoire donc, et une avancée symbolique dont je mesure la portée et qui me réjouit, quand ce droit est menacé dans de nombreux pays, en Europe comme aux Etats-Unis ou en Argentine.

Une victoire qui se heurte à la réalité de terrain et aux moyens alloués à cette politique de santé publique quand les déserts médicaux avancent et que les services ferment. Le Planning familial considère que 130 centres ont fermé en 15 ans et, sur notre territoire de proximité, la clinique Vauban qui réalisait 1500 IVG par an il y a quelques années encore, a fermé, laissant des femmes, jeunes le plus souvent, dans le désarroi.  

En Palestine

En mai, je suis partie une semaine en Palestine où j’ai conduit la délégation du Département aux 5èmes Assises de la coopération décentralisée franco-palestinienne à Ramallah, accompagnée des directrices du service International Europe et Via Le Monde et des responsables des projets internationaux de l’Observatoire des Violences Faites aux Femmes.

200 participan.te.s, 34 collectivités françaises représentées par 120 élu.e.s et experts, étaient au rendez-vous du Réseau de Coopération Décentralisée avec la Palestine (RDCP) et Cités Unies France, en partenariat avec l’association des villes palestiniennes et le soutien du Ministère des Affaires étrangères. 

Je suis intervenue lors d’une table ronde sur la coopération innovante qui nous lie à la ville de Jénine, « Pour des territoires protecteurs des femmes victimes de violence», au côté de la dynamique et chaleureuse responsable du programme à Jenine. Fort de son expertise reconnue au niveau européen et de l’ingénierie de projet développée depuis 20 ans, ce programme international d’échanges, de soutien et de formation porté par l’OVF,  soutenu financièrement par l’Agence Française de Développement, essaime ainsi à Jénine, aux Comores et au Mexique, chaque coopération se nourrissant des spécificités et des besoins propres à chacune des collectivités engagées dans la création d’un observatoire local.

Nous nous sommes ensuite rendues à Jenine, au nord de la Palestine, en Cisjordanie occupée, avec laquelle notre Département coopère depuis 1999 dans de nombreux domaines – eau et assainissement ; culture et sport – et maintenant, dans le cadre de ce projet international.  

Formations et échanges d’expériences auprès des acteurs de la police, de la justice, de la santé et de l’action sociale ; échanges nourris avec les autorités locales et les associations ; découverte du site qui deviendra à terme un lieu d’hébergement pour les femmes victimes de violence. Une coopération riche et féconde, porteuse d’avenir et pourtant… endeuillée le matin même de la première journée de formation par la mort de 3 jeunes dont un employé municipal, aux abords du camp de réfugiés, tués par l’armée israélienne, alors que cette même semaine de mai on dénombrait 34 palestinien.ne.s tué.e.s à Gaza lors de raids israéliens. En ce dernier jour de mai, on compte désormais 161 morts palestiniens (230 morts en 2022, année la plus meurtrière selon l’ONU). 

On me demande souvent ce que j’ai pensé de la Palestine… Je pense à l’incroyable dignité de ce peuple qui continue de se battre pour la reconnaissance de son territoire et des droits humains : « il faut bien vivre ». Comme l’écrivait l’immense poète palestinien Mahmoud Darwich  Nous aussi nous aimons la vie quand nous en avons les moyens.

Le quartier Silwan à Jérusalem-Est, Ramallah, Jénine… Une semaine que je n’oublierai pas.

En séance du conseil départemental de novembre

Ce mois-ci, les orientations budgétaires 2023 de notre collectivité étaient au programme de notre séance, de même que le rapport et notre plan d’actions sur la situation en matière d’égalité femmes-hommes ; le rapport en matière de luttes contre les discriminations et le rapport social unique.

Si je me réjouis que ce budget autorise enfin des dépenses d’investissement conséquentes, notamment dans le domaine culturel et patrimonial, les difficultés socio-économiques s’aggravent et les besoins en matière de services publics de proximité n’ont jamais été aussi forts, face à la montée de l’inflation et à l’explosion des prix de l’énergie, le tout sur fond de guerre en Ukraine.

Je me suis jointe à Pascale Labbé pour réaffirmer la nécessité d’exemplarité de notre collectivité et alerter sur la refonte prévue des centres de PMI et de la planification familiale, dans ce contexte de crise hospitalière aggravée et de désertification médicale. La vigilance s’impose pour répondre aux besoins des populations en s’appuyant précisément sur nos agent.e.s, premiers experts en la matière. Pour retrouver mon intervention, c’est ici 👈

Enfin, nous avons présenté deux vœux : le premier, relatif au soutien à toutes les initiatives pour défendre les collectivités locales et les bailleurs sociaux face à la hausse des prix de l’énergie, dans la lignée de la proposition de loi déposée au Sénat par Fabien Gay. Le second concernait la constitutionnalisation du droit à l’IVG, sujet à de nombreuses attaques jusqu’au sein même de l’Union Européenne, en Pologne et en Hongrie.

L’Observatoire des Violences envers les Femmes a 20 ans !

Salle comble à la MC93 aujourd’hui pour fêter lObservatoire des Violences envers les Femmes autour d’Ernestine Ronai et de nombreux partenaires, en présence notamment de Stéphane Troussel, président du Département et de Pascale Labbé, vice-présidente à l’égalité Femme-Homme.

Créé en 2002 par Ernestine Ronai avec Robert Clément, alors président du Département, ce premier observatoire est aujourd’hui reconnu comme une référence indiscutable au plan national et international. L’OVF a mis en place de nombreux outils qui ont fait la preuve de leur efficacité : ordonnance de protection, téléphone grave danger ( généralisé depuis à toute la France), protocole féminicide, mesure d’accompagnement protégé pour les enfants, dispositif « un Toit pour elle », lieu d’accueil pour les jeunes femmes de 15 à 25 ans victimes de violences sexuelles ou sexistes… Ce remarquable et immense travail se poursuit également avec l’Observatoire international des violences envers les femmes. Sans oublier les parcours éducatifs « Jeunes contre le sexisme », donnant lieu à la réalisation de clips par des jeunes collégiens et collégiennes.

Ces 18ème Rencontres Femme du Monde en Seine-Saint-Denis ouvrent un mois de manifestations avec 27 villes partenaires. Et une grande première : un bus aux couleurs de l’OVF va sillonner le département à la rencontre des femmes, du 15 au 19 novembre.